Léopold Sédar Senghor

vendredi, mars 12, 2010 by La Rédaction



Poésie de la Négritude


JOAL

Joal!
Je me rappelle.
Je me rappelle les signares à l'ombre verte des vérandas
Les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève.

Je me rappelle les fastes du Couchant
 Où Koumba N'Dofène voulait faire tailler son manteau royal.

Je me rappelle les festins funèbres fumant du sang des troupeaux égorgés.

Du bruit des querelles, des rhapsodies des griots.
Je me rappelle les voix païennes rythmant le Tantum Ergo,
Et les processions et les palmes et les arcs de triomphe.

Je me rappelle la danse des filles nubiles
Les chœurs de lutte - oh! la danse finale des jeunes hommes, buste

Penché élancé, et le pur cri d'amour des femmes - Kor Siga!

Je me rappelle, je me rappelle...
Ma tête rythmant
Quelle marche lasse le long des jours d'Europe où parfois
Apparaît un jazz orphelin qui sanglote, sanglote, sanglote.



CHANT DE PRINTEMPS 
Pour une jeune fille noire au talon rose


Des chants d’oiseaux montent lavés dans le ciel primitif
L’odeur verte de l’herbe monte, Avril !
J’entends le souffle de l’aurore émouvant les nuages blancs de mes rideaux
J’entends la chanson du soleil sur mes volets mélodieux
Je sens comme une haleine et le souvenir de Naett sur ma nuque nue qui s’émeut
Et mon sang complice malgré moi chuchote dans mes veines.
C’est toi mon amie - ô écoute les souffles déjà chauds dans l’avril d’un autre continent
Oh ! Écoute quand glissent glacées d’azur les ailes des hirondelles migratrices
Écoute le bruissement noir et blanc des cigognes à l’extrême de leur voiles déployées
Écoute le message du printemps d’un autre âge d’un autre continent
Écoute le message de l’Afrique lointaine et le chant de ton sang!
J’écoute la sève d’Avril qui dans tes veines chante.


JE M’IMAGINE OU RÊVE DE JEUNE FILLE


Je m’imagine que tu es là.
Il y a le soleil
Et cet oiseau perdu au chant si étrange.
On dirait une après-midi d’été,
Claire. Je me sens devenir sotte, très sotte.
J’ai grand désir d’être couchée dans les foins,
Avec des taches de soleil sur ma peau nue,
Des ailes de papillon en larges pétales
Et toutes sortes de petites bêtes de la terre
Autour de moi.


NEIGE SUR PARIS

Seigneur, vous avez visité Paris par ce jour de votre naissance
Parce qu'il devenait mesquin et mauvais
Vous l'avez purifié par le froid incorruptible
Par la mort blanche.
Ce matin, jusqu'aux cheminées d'usines qui chantent à l'unisson
Arborant des draps blancs
- «Paix aux Hommes de bonne volonté!»
Seigneur, vous avez proposé la neige de votre paix au monde divisé, à l'Europe divisée
A l'Espagne déchirée et le Rebelle juif et catholique a tiré ses mille quatre cents canons contre les montagnes de votre Paix.
Seigneur, j'ai accepté votre froid blanc qui brûle plus que le sel.
Voici que mon cœur fond comme neige sous le soleil.
J'oublie
Les mains blanches qui tirèrent les coups de fusils qui croulèrent les empires Les mains qui flagellèrent les esclaves qui vous flagellèrent
Les mains blanches poudreuses qui vous giflèrent, les mains peintes poudrées qui m'ont giflé
Les mains sûres qui m'ont livré à la solitude à la haine
Les mains blanches qui abattirent la forêt de rôniers qui dominait l'Afrique,
au centre de l'Afrique
Droits et durs, les Saras beaux comme les premiers hommes qui sortirent de vos mains brunes.
Elles abattirent la forêt noire pour en faire des traverses de chemin de fer
Elles abattirent les forêts d'Afrique pour sauver la Civilisation, parce qu'on manquait de matière première humaine.

Seigneur, je ne sortirai pas ma réserve de haine, je le sais, pour les diplomates qui montrent leurs canines longues Et qui demain troqueront la chair noire.
Mon cœur, Seigneur, s'est fondu comme neige sur les toits de Paris

Au soleil de votre douceur
Il est doux à mes ennemis, à mes frères aux mains blanches sans neige
A cause aussi des mains de rosée, le soir, le long de mes joues brûlantes.


LE MESSAGE

Le Prince a répondu. Voici l'empreinte exacte de son discours:
«Enfants à tête courte, que vous ont chanté les kôras?
Vous déclinez la rose, m'a-t-on dit, et vos Ancêtres les Gaulois.
Vous êtes docteurs en Sorbonne, bedonnants de diplômes.
Vous amassez des feuilles de papier - si seulement des louis d'or à compter sous la lampe, comme feu ton père aux doigts tenaces!
Vos filles, m'a-t-on dit, se peignent le visage comme des courtisanes
Elles se casquent pour l'union libre et éclaircir la race!
Êtes-vous plus heureux? Quelque trompette à wa-wa-wâ
Et vous pleurez aux soirs-là-bas de grands feux et de sang.
Faut-il vous dérouler l'ancien drame et l'épopée?
Allez à Mbissel à Fa'oy; récitez le chapelet de sanctuaires qui ont jalonné la Grande Voie
Refaites la Route Royale et méditez ce chemin de croix et de gloire.
Vos Grands Prêtres vous répondront : Voix du Sang!
Plus beaux que des rôniers sont les Morts d'Élissa; minces étaient les désirs de leur ventre.
Leur bouclier d'honneur ne les quittait jamais ni leur lance loyale.
Ils n'amassaient pas de chiffons, pas même de guinées à parer leurs poupées.

Leurs troupeaux recouvraient leurs terres, telles leurs demeures à l'ombre divine des ficus
Et craquaient leurs greniers de grains serrés d'enfants.
Voix du Sang! Pensées à remâcher!
Les Conquérants salueront votre démarche, vos enfants seront la couronne blanche de votre tête.»

J'ai entendu la Parole du Prince.
Héraut de la Bonne Nouvelle, voici sa récade d'ivoire.


AUX TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS, MORTS POUR LA FRANCE


Voici le Soleil
Qui fait tendre la poitrine des vierges
Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards
Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.
J'entends le bruit des canons---est-ce d'Irun ?---
On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
On vous promet 500 000 de vos enfants à la gloire des futurs
morts, on les remercie d'avance, futurs morts obscurs
Die schwarze Schande !

Ecoutez-moi, Tirailleurs Sénégalais, dans la solitude de la
terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux, sans oreilles, plus que dans ma
peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre
vous, comme jadis dans la tranchée, jadis dans les palabres
du village
Ecoutez-moi, tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles
et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.

Nous n'avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de
vos femmes anciennes
Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant
l'ardeur des vivants.
Les plaintes des pleureuses trop claires
Trop vite asséchées les joues de vos femmes comme en saison
Sèche les torrents du Fouta
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au
coin des lèvres oublieuses.

Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos
noms dans les mois que vous mourriez
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons
l'amitié de vos camarades d'âge.
Ah !puissé-je un jour d'une voix couleur de braise, puissé-je
chanter
L'amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate,
forte comme des tendons.
Ecoutez-nous, morts étendus dans l'eau au profond des plaines
du Nord et de l'Est.
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs Sénégalais.


PRIÈRE AUX MASQUES


Masques! Ô Masques!
Masque noir masque rouge, vous masques blanc - et noir -
Masques aux quatre points d'où souffle l'Esprit
Je vous salue dans le silence!
Et pas toi le dernier, Ancêtre à tête de lion.
Vous gardez ce lieu forclos à tout rire de femme, à tout
sourire qui se fane
Vous distillez cet air d'éternité où je respire l'air de mes
Pères.
Masques aux visages sans masque, dépouillés de toute fossette
comme de toute ride
Qui avez composé ce portrait, ce visage mien penché sur
l'autel de papier blanc
A votre image, écoutez-moi !
Voici que meurt l'Afrique des empires — c'est l'agonie
d'une princesse pitoyable
Et aussi l'Europe à qui nous sommes liés par le nombril.
Fixez vos yeux immuables sur vos enfants que l'on commande
Qui donnent leur vie comme le pauvre son dernier vêtement.
Que nous répondions présent à la renaissance du Monde
Ainsi le levain qui est nécessaire à la farine blanche.
Car qui apprendrait le rythme au monde défunt des machines
et des canons ?
Qui pousserait le cri de joie pour réveiller morts et orphe-
lins à l'aurore ?
Dites, qui rendrait la mémoire de vie à l'homme aux espoirs
éventés ?
Ils nous disent les hommes du coton du café de l'huile
Ils nous disent les hommes de la mort.
Nous sommes les hommes de la danse, dont les pieds
reprennent vigueur en frappant le sol dur.


FEMME NOIRE

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au cœur de l'Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais
lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du
Vent d'Est
Tam-tam sculpté, tam-tam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée.

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux
flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta
peau.

Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire

A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains
de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les
racines de la vie.


PERLES

Perles blanches,
Lentes gouttelettes,
Gouttelettes de lait frais,
Clartés fugitives le long des fils télégraphiques,
Le long des longs jours monotones et gris!
Où vous en allez-vous?

À quels paradis? À quels paradis?
Clartés premières de mon enfance
Jamais retrouvée...


POÈME À MON FRÈRE BLANC


Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur?


JARDIN DE FRANCE


Calme jardin,Grave jardin,
Jardin aux yeux baissés au soir
Pour la nuit
Peines et rumeurs,
Toutes les angoisses bruissantes de la ville
Arrivent jusqu'a moi, glissant sur les toits lissent,
Arrivent à la fenêtre
Penchée, tamisées par feuilles menues et tendres et pensives.
Mains blanches,
Gestes délicats,
Gestes apaisants.
Mais l'appel du tam-tam
                                bondissant
                                               par monts
                                                           et
                                                          continents,
Qui l'apaisera, mon coeur,
A l' appel du tam-tam
                            bondissant,
                                          véhément,
                                                      lancinant?

SPLEEN


Je veux assoupir ton cafard, mon amour,
Et l'endormir,
Te murmurer ce vieil air de blues
Pour l'endormir.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

Ce sont les regards des vierges couleur d'ailleurs,
L'indolence dolente des crépuscules.
C'est la savane pleurant au clair de lune,
Je dis le long solo d'une longue mélopée.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.


NUIT DE SINE


Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne
A peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu’il nous berce, le silence rythmé.
Ecoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus.
Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes
Dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère
Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent, que s’alourdit la langue des chœurs alternés.
C’est l’heure des étoiles et de la nuit qui songe et
S’accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?
Dedans, le foyer s’éteint dans l’intimité d’odeurs âcres et douces.
Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour
les Ancêtres comme les parents, les enfants au lit.
Ecoutons la voix des Anciens d’Elissa. Comme nous exilés
Ils n’ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.
Que j’écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d’âmes propices
Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant
Que je respire l’odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j’apprenne à
Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil.


A NEW YORK
(pour un orchestre de jazz: solo de trompette)

New York! D’abord j’ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d’or aux jambes longues.
Si timide d’abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l’angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l’éclipse du soleil.
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d’acier et leur peau patinée de pierres.

Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
- C’est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l’air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.

Pas un rire d’enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l’absence de lèvres, rien que des cœurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.

Nuits d’insomnie ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides.

Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en rue des cadavres d’enfants.(...)

New York! je dis  New York, laisse affluer le sang  noir dans ton sang
Qu’il dérouille tes articulations d’acier, comme une huile de vie
Qu’il donne à tes ponts la courbe de croupes et la souplesse des lianes.


FEMMES DE FRANCE

A Mademoiselle Jacqueline Cahour
Femmes de France, et vous filles de France
Laissez-moi vous chanter ! Que pour vous soient les notes claires du sorong.
Acceptez-les bien que le rythme en soit barbare, les accords dissonants
Comme le lait et le pain bis du paysan, purs dans ses mains si gauches et calleuses !
O vous, beaux arbres droits debouts sous la canonnade et les bombes
Seuls bras aux jours d’accablement, aux jours de désespoir panique
Vous fières tours et fiers clochers sous l’arrogance du soleil de Juin
Vous clair écho au cri du Coq Gaulois !
Vos lettres ont bercé leurs nuits de prisonnier de mots diaphanes et soyeux comme des ailes
De mots doux comme un sein de femme, chantants comme un ruisseau d’avril.
Petites bourgeoises et paysannes, pour eux seuls vous ne fûtes pas avares
Pour eux seuls vous osâtes braver l’affront de l’Hyène, l’affront plus mortel que des balles.


ELÉGIE POUR PHILLIPE-MAGUILEN

Philippe Maguilen Senghor, fils cadet de Léopold Sédar Senghor, est décédé brutalement à la fleur de l’âge, le 7 juin 1981 à Dakar, dans un accident de circulation.


Et j’ai dit «non!» au médecin: «Mon fils n’est pas mort,
ce n’est pas possible.»
pardonne-moi, Seigneur, et balaie mon blasphème, mais ce
                n’est pas possible.

Non non! ceux qui sont mignotés des dieux ne meurent pas si jeunes.
Tu n’es pas, non ! un dieu jaloux, comme Baal qui se nourrit
         d’éphèbes.

De notre automne déclinant il était le printemps ; son
         sourire était de l’aurore
      ses yeux profonds, un ciel cristallin et frangé d’humour.
Il était vie et raison de vivre de sa mère, lampe veillant dans
                la nuit et la vie.

Brutalement, tu nous l’as arraché, tel un trésor le voleur
Du plus grand chemin
      Qui nous a dit: «La route est fatiguée, le marigot est fatigué, le ciel
Est fatigué.» Nous avions tout donné à ce pays, à ce continent nôtre:
Les jours et les nuits et les veilles, la fatigue la peine et le
           combat parmi les nations assemblées.


A LA NEGRESSE BLONDE


Et puis tu es venue par l’aube douce
Parée de tes yeux de prés verts
Que jonchent l’or et les feuilles d’automne.
Tu as pris ma tête
Dans tes mains délicates de fée,
Tu m’as embrassé sur le front
Et je me suis reposé au creux
De ton épaule
Mon amie, mon amie, ô mon amie!


PINCEZ TOUS VOS KORAS, FRAPPEZ LES BALAFONS
L'Hymme National Du Sénégal


Un peuple, un but, une foi
Pincez tous vos coras, frappez vos balafons
Le lion rouge a rugi. Le dompteur de la brousse
D'un bond s'est élancé dissipant les ténèbres
Soleil sur nos terreurs, soleil sur notre espoir.

Refrain :

Debout frères voici l'Afrique rassemblée
Fibres de mon cœur vert épaule contre épaule
Mes plus que frères. O Sénégalais, debout!
Unissons la mer et les sources, unissons
La steppe et la forêt. Salut Afrique mère.

Sénégal, toi le fils de l'écume du lion,
Toi surgi de la nuit au galop des chevaux,
Rends-nous, oh ! rends-nous l'honneur de nos Ancêtres
Splendides comme l'ébène et forts comme le muscle!
Nous disons droits – l'épée n'a pas une bavure.

Sénégal, nous faisons nôtre ton grand dessein:
Rassembler les poussins à l'abri des milans
Pour en faire, de l'est à l'ouest, du nord au sud,
Dressé, un même peuple, un peuple sans couture,
Mais un peuple tourné vers tous les vents du monde.

Sénégal, comme toi, tous nos héros,
Nous serons durs, sans haine et les deux bras ouverts,
L'épée, nous la mettrons dans la paix du fourreau,
Car notre travail sera notre arme et la parole.
Le Bantou est un frère, et l'Arabe et le Blanc.

Mais que si l'ennemi incendie nos frontières
Nous soyons tous dressés et les armes au poing:
Un peuple dans sa foi défiant tous les malheurs;
Les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes.
La mort, oui ! Nous disons la mort mais pas la honte.



LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR LIT DEUX POÈMES




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LÉOPOLD-SÉDAR SENGHOR est né le 9 octobre 1906 à Joal, petite ville côtière du Sénégal. Issu d’une famille riche, il a une enfance sans problème. Bachelier en 1928, il poursuit ses études à Paris. Fait ses études à la mission catholique de Ngasobil, au collège Libermann et au cours d'enseignement secondaire de Dakar, puis, à Paris, au lycée Louis-le-Grand et à la Sorbonne. Tout en enseignant les lettres et la grammaire au lycée Descartes à Tours (1935-1938), il suit les cours de linguistique négro-africaine de Lilias Homburger à l'École pratique des hautes études et ceux de Paul Rivet, de Marcel Mauss et de Marcel Cohen à l'Institut d'ethnologie de Paris. C’est l’époque où il rencontre Damas et Césaire avec lesquels il établit les fondements de la négritude. Premier agrégé africain de l’université, Senghor est avant la guerre de 39-45 professeur de Lettres. Il prend part à la campagne de France, est fait prisonnier en 1940 ; réformé pour maladie, il participe au Front National Universitaire. La même année, en 1945, il est élu député du Sénégal et publie son premier recueil Chants d’ombre. Il est ensuite élu en 1955 secrétaire d’Etat à la présidence du conseil avant de devenir en 1960 le premier Président de la République du Sénégal ; il le restera jusqu’en 1980. Docteur honoris causa de nombreuses universités, membre de l’Institut de France, le 2 juin 1983 il est élu à l’Académie française. Mort le 20 décembre 2001. Oeuvres publiées: Poésie: Chants d'ombre (1945); Hosties noires (1948); Chants pour Naett (1949); Éthiopiques (1956); Nocturnes (1961); Élégie des alizés (1969); Lettres d'hivernage (1973); Élégies majeures (1979);  Oeuvre poétique (1990).