Adonis

samedi, juillet 04, 2009 by La Rédaction


Roi des vents et autres poèmes




DAMAS


Damas
Caravane d’étoiles dans un tapis vert
Deux seins de braises et d’oranges

Damas
Le corps amoureux sur sa couche
comme l’arc
et la lune nouvelle
Ouvre au nom de l’eau
le flacon du temps
Tourne chaque jour
dans ton orbite nocturne
Tombe en sacrifice
dans ton volcan désiré

Les arbres dorment autour de ma chambre
Mon visage est pomme et mon amour
île, oreiller

Que ne viens-tu
Damas
Ô couche
Ô fruit de la nuit


AMOUR


La route, la maison, le vivant et le mort,
J'ai leur amour.
La jarre rouge dans la maison,
Amie de l'eau,
J'ai son amour.
Le voisin, le champ, l'air et le feu,
Je sais leur amour.
Et l'amour des bras qui peinent
A travers joie, à travers peine.
De la chair de mon frère,
De son souffle écrasé,
Les lambeaux glissés à terre
Dans le secret de la moisson,
Pourpre coquillage pour la hante du sang,
Je sens leur amour.

Le dieu d'amour naît à ma naissance.
Si je meurs, où va son abondance?


APPARITION


Elle apparaît...et dans le champ éperdu
court un frisson troublé
les épis sont chargés de blé
Sa démarche fait revivre
Toute une harmonie
le pas piaffant du cheval
le pas élancé de l'autruche
Le pas balancé du chameau
Elle esquisse un geste
Et le couchant vers elle chavire
Les chevrettes égrènent leur béguètement
Son regard furtif est un dard
Ses paupières un frémissement
Une chanson d'été
Son corsage est cerise. 


AMOUR 


Le chemin la maison m'aiment
et m'aime dans la maison une jarre rouge
qui est aussi aimée de l'eau

et m'aiment le voisin
le champ l'aire de battage le feu

et m'aiment les bras qui s'activent
joyeux et placides
et m'aiment les éclats arrachés
au poitrail exténué de mon frère
qui se cachent dans les épis moissonnés
comme s'ils étaient des rubis plus rouges
que le rouge du sang

le dieu de l'amour est né en même temps que moi
que sera donc l'amour lorsque je serai mort?


MIROIR DE LA LUGE NOIRE 


Tu as dit : Mon visage est navire, mon corps est une île,
   et l’eau, organes désirants.
Tu as dit : Ta poitrine est une vague,
   nuit qui déferle sous mes seins.

Le soleil est ma prison ancienne,
Le soleil est ma nouvelle prison,
La mort est fête et chant.

M’as-tu entendu ? Je suis autre que cette nuit, autre
Que son lit souple et lumineux.
Mon corps est ma couverture, tissu
Dont j’ai cousu les fils avec mon sang.
Je me suis égaré et dans mon corps était mon errance…

J’ai donné les vents aux feuilles,
J’ai laissé derrière moi mes cils,
De rage j’ai joué l’énigme avec la divinité
Et j’ai habité l’évangile de l’allaitement
Pour découvrir dans mes vêtements
   la pierre itinérante

M’as-tu reconnu ? Mon corps est ma couverture,
La mort est mon chant et palais de mes cahiers,
L’encre m’est tombe et antichambre,
Mappemonde clivée par la désolation
En laquelle le ciel a vieilli,
Luge noire que traînent les pleurs et la souffrance.

Me suivras-tu ? Mon corps est mon ciel,
J’ai ouvert tout grand les couloirs de l’espace
J’ai dessiné derrière moi mes cils,
Routes menant vers une idole antique.

Me suivras-tu ? Mon corps est mon chemin.



MIROIR D'UN TYRAN


Épi par épi,
N’en laissez aucun...
Cette moisson est notre paradis retrouvé,
Notre pays à venir.

Déchirez les cœurs avant les poitrines,
Arrachez les racines,
Changez cette glèbe
Qui les a portés.
Effacez un temps, qui a narré leur histoire,
Effacez un ciel qui s’est incliné sur eux,
Épi par épi,

Afin que la terre revienne
À son état premier...

Épi par épi...



LE RETOUR DU SOLEIL 


Le destin frissonne sur les mers
Les anneaux de la légende se brisent
et voici les précipices
Laisse-nous alors semer nos rives de coquillages
amarrer notre arche sur Sannine*
Laisse-nous foudroyer la chimère marine
ô maître de la légende

Et lorsqu’au départ du soleil quittant la ville
les cloches et la route sangloteront
réveille pour nous, ô flamme du tonnerre sur les collines
réveille pour nous le Phénix

Nous acclamerons la vision de son feu triste
avant le matin, avant qu’elle ne soit dite
Nous porterons ses yeux tout le long du chemin
au retour du soleil sur la ville

*Sannine: montagne du Liban


LA VILLE

Notre feu marche sur la ville
pour en détruire le lit

Nous détruirons le lit de la ville
Nous vivrons
et passant à travers les flèches
nous irons vers une terre de transparence errante
derrière le masque suspendu
au roc tournoyant dans un gouffre de terreur
d’écho et de verbe
Nous laverons le ventre du jour
ses entrailles et son foetus
Nous brûlerons cette existence rapiécée
au nom de la ville
et dans son regard nous renverrons
le visage de la présence
la terre des distances

Notre feu approche
et l’herbe naît dans la braise de la révolte
Notre feu marche sur la ville


IL N'EST PAS ÉTOILE

Il n’est pas étoile
ni inspiration prophétique
ni visage soumis à la lune

Le voici qui vient comme une lance païenne
dévastant la terre des écritures
répandant son sang
élevant vers le soleil ses blessures

Voyez-le revêtant la nudité des pierres
adressant sa prière aux cavernes

Voyez-le étreindre la terre légère


LA PRÉSENCE

J’ouvre une porte sur la terre
J’allume le feu de la présence
dans les nuages qui se croisent ou se poursuivent
dans l’océan et ses vagues amoureuses
dans les montagnes et leurs forêts
dans les rochers

créant pour les nuits gravides
une patrie de cendres de racines
de chants, de tonnerre et de foudre

brûlant la momie des âges


LES ROIS MAGES

Dans ton visage en partance
Dans mon visage - une étoile
Et la nuit était aux aguets
Nos mains se rejoignent
Nos pas se rejoignent
Et nos visions aussi

Nous sommes tombés
Nous avons vu et disparu
Puis nous avons émergé
Et disparu encore
Après nous les rois mages sont venus


MIROIR POUT UNE QUESTION

J’ai questionné et on m’a dit -
La branche couverte de feu
est oiseau

On m’a dit que mon visage était la boule
Et le visage du monde miroirs
peine du marin, phare

Je suis venu
Encre était le monde sur ma route
Phrase tout frémissement
J’ignorais qu’entre nous
un pont était jeté - foulée
de flammes et prophéties
Un pont de fraternité
Et j’ignorais que mon visage
était vaisseau
Naviguant dans une étincelle.


EUX 


Ils sont arrivés.
Nus, ils sont entrés dans la maison.
Ils ont creusé,
Ils ont enterré les enfants,
Sont repartis.


Traduction: Anne Wade Minkowski


LES POÈTES

Nulle part, eux: ils portent la tiédeur
Dans le corps froid de la terre, ils forgent
À l’horizon ses clés.

Ils n’ont laissé
Ni père ni foyer
Pour leurs légendes.

Ils les ont écrites
Comme le soleil écrit son histoire

Nulle part.


Traduction:  Chawki Abdelamir et Serge Sautreau



VISION 

Revêts-toi d'un masque de bois brûlé
ô Babel des incendies et des mystères
J'attends un dieu qui viendra
drapé de feu
paré de perles volées au poumon de la mer
aux coquillages

J'attends un dieu qui hésite
fulmine, pleure, s'incline, rayonne

Ton visage, Mihyar
présage ce dieu à venir


ROI DES VENTS 

L’extrême limite est ma bannière
sans fraternité ni rencontres
L’extrême limite est mon chant

Me voici mobilisant les fleurs
donnant l’alerte aux arbres
Je déploie les colonnades du ciel
et j’aime, je vis, je nais dans mes paroles

Me voici ameutant les papillons
sous l’étendard du matin
faisant croître les fruits
séjournant avec la pluie dans les nuages et leurs cloches
dans les mers

Et voici que je largue les étoiles
laissant tomber l’ancre
et m’intronisant
roi des vents


DE LA POÉSIE

Ton état le plus haut est de secouer l’espace
Quant aux autres – certains te croient appel
Certains te croient écho.

Ton état le plus haut est d’être une preuve
De lumière et de nuit.

En toi la fin de la parole devient commencement
Quant aux autres – certains te voient écume
Certains te voient démiurge.

Ton état le plus haut est d’être la cible, le carrefour,
Du silence et de la parole.


LE POÈME 

J’entends la voix du temps:
Le poème – une main de-ci, de-là
Le poème – deux yeux qui interrogent

L’églantier a-t-il fermé
la porte de sa cabane
L’homme a-t-il ouvert
une brèche nouvelle

Une main ici, là-bas
Et la distance oscille entre enfant
et victime
Afin que vienne l’étoile cachée
Et que le monde retourne
à la transparence


LAISSE DANS TON SILLAGE… 

Pars, éloigne-toi
Étreins les vagues et l’air
Emporte sur tes cils les nuages, les éclairs
Qui se brise derrière toi notre miroir
Qui se brise l’amphore des ans
Et laisse pour nous dans ton sillage…
Non ! ne laisse plutôt que les vestiges d’un soupir
et de l’argile
que le sang desséché dans les veines

Ah ! éloigne-toi ! Non, attends encore
Bientôt tu disparaîtras
Alors laisse-nous tes yeux
ou ton cadavre brun ou ta tunique
poèmes au monde étrange
au monde qui viendra avec la nostalgie
portant ton ciel sur ses cils


DIALOGUE

« Où étais-tu?
Quelle lumière pleure sous tes cils?
Où étais-tu?
Montre-moi, qu’as-tu écrit?»

Je n’ai pas répondu. Je n’avais plus de mots
Ne trouvant pas d’étoile sous le brouillard de l’encre
J’avais déchiré mes feuilles

Quelle lumière pleure sous tes cils?
Où étais-tu?

Je n’ai pas répondu
La nuit était hutte bédouine
les lanternes étaient tribu
et moi soleil émacié
sous lequel la terre changeait ses collines
et le vagabond croisait la longue route.


TERRE DE MAGIE


Ne restent ni vengeance, ni querelle
Entre le gardien des jours et moi
Chacun s'en est allé
Entourant son histoire d'une clôture de nuages
Chacun a reconnu ses frontières
Ma terre demeure terre de magie
J'illusionne l'air
Je blesse la face de l'eau
Et m'échappe d'une bouteille à la mer 



HIER 

J'ai fermé la porte de ma chambre avec la prime étoile
J'ai tiré l'unique rideau et j'ai dormi avec ses lettres
Et voilà l'oreiller mouillé et les mots pleins 
je suis magicien, son nom est encens et encensoir
je suis magicien, elle est étincelles et temple aux primes braises
je m'étends dans l'épaisseur de la fumée
je dessine les signes
je jette un charme à sa blessure
L'efface avec ma peau
O toi blessure ô enfer éclairant
Ô toi blessure ô mort ma familière 
Dans la blessure il y a des tours avec des anges
Une rivière ferme ses portes, des herbes marchent
Un homme se dénude
Il effeuille la myrte sèche et il rend grâces,
L'eau tombe goutte à goutte sur sa tête,
Il se prosterne et disparaît 
je rêve -
Je lave la terre jusqu'au miroir
je la frappe d'une muraille de nuages d'une haie de feu
Et je bâtis une coupole de larmes je les façonne 
Que m'as-tu préparé comme ultime cadeau ?
« - Ma chemise, celle qui le jour des noces nous entourait.
Et je descendrai avec toi dans la tombe
Pour te rendre facile la mort de l'amour
te mélange avec mon eau et je te donne à boire à la mort
je te donne mon bien : la tombe et la gratuité de la mort». 
Une fois je l'ai vue sur la terre un flacon
Mer qui se penche
Pleine de conques et créatures réincarnées
Oiseaux et ailes
Et lors j'ai dit
Que la transparence de femme soit la transparence du ciel
Que le monde devienne une pierre de sexe
Et je la verrai mer qui se penche
J'aimerai son écume et creuserai pour elle un coin près
de mon œil 
je jurerai aux vagues qu'elles sont mes voisines
Promenant selon leur sel mes angoisses
Elles veillant avec moi ou s'endormant
Lisent en moi leur propre écho : 
Il dit : (Tu es ange et tu ne vois que sous la peau
C'est entre toi et l'ange l'unique ressemblance
Ne veux-tu découvrir le continent des profondeurs?
Donc, abandonne
À quelque autre que toi le continent des cimes.) 


Traduction de Martine Faideau, 2001



«POUR SALUER FLORENCE ET HUSSEIN» 


Un dieu sumérien m'écoutait
en se lavant les pieds
dans les vagues qui relient
le Tigre à l'Euphrate. 
O Dieu ami, est-ce vrai que tu as
une fois chuchoté à ton épouse:
«dans ce monde, il m'est
difficile d'être Dieu». 
Soudain une foule d'anges
s'abat sur nous et se met
à lapider la langue:
Si la parole était de feu
le silence ne serait
qu'un début d'enfer. 
En vérité, c'est au ciel que poussent
les racines de la catastrophe.
En vérité, à Bagdad, les pierres
pourraient se fendre de honte. 
À Paris, dans une triste chambre,
j'ai voulu asseoir mon pays
sur mes genoux.

Ce n'était pas pour imiter Rimbaud,
sa manière de traiter la beauté, mais pour fonder d'autres droits
de l'homme que j'avais peur de
déclarer. 
Combien la vieillesse de la langue
a besoin de l'enfance de
l'alphabet.
L'univers ne cessera de pleurer
et de sécher ses larmes
avec les corps assassinés,
jusqu'au jour où tu donneras
ton corps, ô ma terre,
aux bras de l'aube. 


Poème inédit d'Adonis lu en arabe par lui-même et en français par Christian Salmon, au Théâtre du Rond-Point, le 31 janvier, 2005. ©Libération 



ADONIS [ALI AHMAD SAÏD ESBER] naît à Qassabine près de Lattaquié au nord de la Syrie le 1er janvier 1930, dans une famille modeste.  Après des études de Lettres et de Philosophie, il quitte Damas pour Beyrouth où il obtient la nationalité libanaise. A dix-sept ans il publie un poème en empruntant au dieu phénicien Adonis, symbole de la renaissance végétale, son pseudonyme auquel il restera fidèle. En 1957, Adonis fonde un groupe et une revue éponyme, Ch’ir (Poésie), actifs jusqu’en 1964. En 1968, il fonde la revue Mawâqif (Positions), revue immédiatement interdite dans le monde Arabe qu’Adonis dirige durant 30 ans.  Saïd commence à travailler dans les champs jeune mais son père l'incite aussi à apprendre la poésie. En 1947, contre l'avis de ses parents, il se rend à la ville voisine où il trouve le président syrien Choukri al-Kouwatli. Adonis, alors âgé de douze ans seulement, veut se joindre à l'assemblée des poètes locaux pour honorer le président mais on l'écarte. En insistant il capte l'attention de ce dernier, qui demande à l'entendre. Il proclame sa prose et subjugue toute la foule. Le président décide alors de lui payer sa bourse. Il part à l'école, au lycée français de Tartous(en 1942), puis à Lattaquié où il obtient son baccalauréat en 1949, c'est également à cette époque qu'il prend le pseudonyme d'Adonis lors de la publication de quelques poèmes. Il entre ensuite à l'Université syrienne de Damas qu'il quitte en 1954 avec une licence de philosophie. En 1955, il est emprisonné six mois pour appartenance au Parti nationaliste syrien, un parti qui préconise une grande nation syrienne au Moyen-Orient. Après sa libération en 1956, il s'enfuit pour Beyrouth au Liban où il fonde avec le poète syro-libanais Youssouf al-Khal dans les années 60, la revue Chi'r (ou Chiir qui signifie Poésie): le manifeste d'une libération inconditionnelle de la tradition et d'un élan vers l'internationalisation de la poésie. Adonis abandonne peu à peu son nationalisme militaire pour le panarabisme alors très en vogue avec la montée des partis Ba'as. Il choisit la nationalité libanaise en 1962. Adonis se consacre aussi plus principalement à ses activités littéraires qu'à ses activités politiques. En 1968, il fonde la revue Mawâkif (Positions) qui se montre être un espace de liberté en même temps qu'un laboratoire de rénovation « destructurante » de la poésie — aussitôt interdite dans le monde arabe. C'est là qu'il traduit en arabe Baudelaire, Henri Michaux, Saint-John Perse et en français Aboul Ala El-Maari. Adonis cherche le renouvellement de la poésie arabe contemporaine en s'appuyant sur son passé glorieux mais aussi en regardant la richesse de la poésie occidentale. Suite à la guerre civile libanaise, il fuit le Liban en 1980 pour se réfugier à Paris à partir de 1985. Il est le représentant de la Ligue arabe à l'UNESCO. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grand poète arabe vivant. En 2011 obtient le prix Goethe. 

Œuvres :

Poésie


1954 - La terre a dit
1957 - Premiers poèmes
1958 - Feuilles dans le vent
1961 - Chants de Mihyar le Damascène
1971 - Tombeau pour New York
1975 - Singulier
1982 - Le Livre des migrations, préface de Salah Stétié, éditions Luneau-Ascot
1983 - Ismaël
1984 - Les Résonances, les Origines, éd. Les Cahiers des Brisants
1985 - Kitab al-Hisar (Le Livre du siège)
1988 - Célébrations
1990 - Le Temps des villes
1991 - Mémoire du vent (Poèmes 1957-1990)
1997 - Toucher la lumière.
2009 - La Forêt de l’amour en nous
2012 - Chroniques des branches.
2015 - Prends-moi, chaos, dans tes bras, Mercure de France

Anthologie

2008 - Le Dîwân de la poésie arabe classique

Essais

1964 - Le Diwan de la poésie arabe (3 volumes), essais critiques
1968 - Le Théâtre et les Miroirs
1972 - Le Temps de la poésie
1975 - Le Fixe et le Mouvant (3 volumes), thèse d'État
1980 - Préface pour les fins de siècles
1985 - Politique de la pensée
1993 - La Prière et l'Épée: essai sur la culture arabe
2007 - Le Livre (al-Kitâb), Paris.
2009 - Le Regard d'Orphée, entretien, avec Houria Abdelouahed.
2013 - Le Livre II (al-Kitâb) Hier Le lieu Aujourd'hui, Paris.
2014 - Printemps arabes, religion et révolution.
2015 - Adonis, Violence et Islam: Entretiens avec Houria Abdelouahed.